Deux études, un même constat : Avec le Wheeleo®, la vitesse « forcée » devient la vitesse naturelle

Demander à un patient de marcher « le plus vite possible » est un exercice ponctuel : utile pour mesurer une capacité maximale ou pour s’entraîner de façon encadrée, ce n’est pas une allure sur laquelle il peut compter au quotidien.

Chez les personnes hémiparétiques, marcher plus vite que sa vitesse préférée s’accompagne d’une stabilité moindre. Dans une étude sur tapis roulant (Awad et al., 2023), le mouvement latéral du centre de masse du bassin était 17 % plus irrégulier aux vitesses rapides. Les patients choisissent d’ailleurs spontanément une vitesse plus rapide que leur vitesse la plus stable, mais plus lente que leur vitesse la plus économique. Une autre étude (Hsiao et al., 2017) relie la vitesse de confort des marcheurs lents à leur capacité de transférer latéralement le poids du corps sur la jambe atteinte.

Ce constat se retrouve dans deux études, menées par deux équipes différentes. Il change la façon de regarder la vitesse de marche — et peut-être la façon de choisir une aide technique.

Deux études, deux équipes, un même constat

Deltombe et al., 2020 (Journal of Rehabilitation Medicine) : essai croisé randomisé auprès de 32 adultes hémiparétiques, recrutés à Godinne (CHU UCL Namur) et à Ottignies (Centre Hospitalier Neurologique William Lennox). Chaque patient a réalisé un test de marche de 10 mètres avec la canne quadripode puis avec le rollator à une main Wheeleo®, d’abord à vitesse spontanée, puis à vitesse maximale. La vitesse était mesurée au chronomètre.

Maillard et al., 2024 (Healthcare) : essai croisé randomisé auprès de 34 patients hémiparétiques, dans deux centres de rééducation du CHU de Liège. Même type de test (10 mètres, allure confortable puis rapide), mais avec des capteurs inertiels fixés aux chaussures pour mesurer chaque pas avec précision.

Une précision de transparence : le fondateur du Wheeleo® est co-auteur de l’étude de 2020, ce qui est déclaré dans l’article. L’étude de 2024 a été conduite par l’équipe de Liège, sans financement externe ; la société s’est contentée de prêter un appareil.

Trois niveaux de vitesse pour un même patient

Dans les deux études, chaque patient a servi de son propre témoin. On observe donc, pour une même personne, trois niveaux de vitesse :

  1. Niveau 1 — canne quadripode, allure spontanée : environ 1,2 à 1,3 km/h (0,32 à 0,36 m/s).
  2. Niveau 2 — une même vitesse, deux façons de l’obtenir : avec la canne quadripode, en demandant de marcher le plus vite possible, ou avec le rollator à une main Wheeleo®, à allure spontanée. Environ 1,5 à 1,6 km/h. En 2020, les deux valeurs sont identiques (0,44 m/s) ; en 2024, la vitesse spontanée avec le Wheeleo® (0,436 m/s) est même légèrement supérieure, en valeur brute, à la vitesse rapide avec la canne quadripode (0,416 m/s).
  3. Niveau 3 — rollator à une main Wheeleo®, allure rapide : environ 2,05 km/h (0,57 m/s), une valeur quasi identique dans les deux études (0,57 et 0,572 m/s).

Ce qui frappe, c’est la concordance : deux équipes, plusieurs centres, deux méthodes de mesure (le chronomètre, puis les capteurs inertiels) — et des valeurs très proches.

Pourquoi forcer l’allure n’est pas une solution

Le niveau 2 peut donc s’atteindre de deux façons. Elles ne se valent pas.

Demander à un patient de marcher « le plus vite possible » est un exercice ponctuel et exigeant : il demande de la concentration et de l’effort, et laisse moins de marge pour se rattraper en cas de déséquilibre. C’est utile pour mesurer une capacité maximale ; ce n’est pas une allure que le patient adopte, ni ne maintient, dans la vie de tous les jours. Forcer l’allure, c’est donc accepter plus d’inconfort, plus d’instabilité et, très probablement, plus de risque de chute.

Une précision importante : ces travaux portent sur de petits échantillons et mesurent la stabilité, pas les chutes. Ni l’étude de 2020 ni celle de 2024 n’a mesuré directement les conséquences d’une allure forcée. Et marcher vite n’est pas à proscrire : en entraînement supervisé, la marche rapide répétée est un outil de rééducation reconnu (Pressler et al., 2025). Le point est ailleurs : obtenir cette vitesse naturellement plutôt qu’en la forçant.

Ce que les études montrent, en revanche, c’est que la vitesse supérieure obtenue avec le rollator à une main Wheeleo® ne s’est pas payée en effort. Dans l’étude de 2020, l’effort perçu (échelle de Borg) et le coût physiologique de la marche sont restés inchangés, et le nombre de patients ayant eu besoin d’un contact du thérapeute pour garder l’équilibre n’a pas augmenté. La satisfaction des patients, elle, a progressé de 6 à 8 sur 10.

La vitesse, un indicateur qui compte

Si cette question mérite qu’on s’y attarde, c’est que la vitesse de marche est l’un des meilleurs indicateurs de la capacité d’un patient. C’est le paramètre le plus utilisé pour évaluer la performance de marche, et il se mesure simplement : un couloir, un chronomètre, dix mètres.

Elle en dit long. Une marche lente et irrégulière est associée à un risque de chute plus élevé, à une plus grande dépendance et à davantage de comorbidités. À l’inverse, marcher plus vite est un marqueur de robustesse et d’un meilleur contrôle de l’équilibre. L’étude de 2020 rappelle aussi que l’équilibre et la vitesse de marche sont corrélés à la qualité de vie des adultes hémiparétiques.

La vitesse permet enfin de situer le patient sur des repères fonctionnels. Dans la classification de Perry, citée par l’étude de 2024, les patients cantonnés à la marche à domicile avancent en moyenne à environ 0,1 m/s, tandis que les marcheurs « communautaires » atteignent 0,8 m/s, soit environ 2,9 km/h : la vitesse qu’il faut pour traverser une rue pendant un feu piéton.

La vitesse n’est pas un but en soi, mais un indicateur qui renseigne sur l’autonomie, la sécurité et la participation. Un dispositif capable de l’augmenter fortement — +22 % et +35 % à allure spontanée, +30 % et +38 % à allure rapide selon les deux études — ne devrait donc pas être mis de côté : il agit sur l’indicateur qui compte.

Une vitesse qui nourrit la rééducation

Marcher plus vite spontanément, c’est aussi marcher davantage dans le même temps. Dans l’étude de 2020, lors du test de marche de six minutes, la distance parcourue est passée de 131 à 195 mètres avec le rollator à une main Wheeleo® (+49 %), soit près de la moitié de distance en plus pour la même durée.

C’est un enjeu de rééducation. Les auteurs de l’étude de 2024 rappellent, en s’appuyant sur la littérature, que le facteur le plus important pour améliorer la qualité et la vitesse de marche est d’augmenter la quantité d’exercice de marche pendant la rééducation. Leur conclusion tient en une phrase que tous les thérapeutes partageront : quelle que soit l’aide choisie, remettons les patients en mouvement.

Un patient qui marche plus vite avec une aide adaptée, sans avoir à se forcer, est un patient qui peut s’entraîner davantage, plus longtemps et plus naturellement, dans le cadre défini avec son équipe de soins. Les auteurs de 2020 suggèrent même que cette vitesse accrue et cette meilleure satisfaction pourraient contribuer à plus d’autonomie, et donc à une meilleure participation sociale.

À condition, bien sûr, que la sécurité de cette marche soit confirmée en dehors des tests supervisés : c’est l’objet de la section suivante.

Ce qu’il reste à démontrer

Ces deux études sont cohérentes entre elles, mais elles ne disent pas tout :

  • Des tests supervisés, en milieu hospitalier. L’étude de 2020 précise que l’appareil n’a été évalué que sous la supervision d’un thérapeute, en intérieur ; celle de 2024 rappelle que le sol d’un hôpital est plus régulier qu’un sol extérieur.
  • Le risque de chute en vie réelle reste à documenter. En 2020, le nombre de contacts du thérapeute n’a pas augmenté, ce qui va dans le bon sens sous supervision ; en 2024, le risque de chute n’a pas été évalué. Les auteurs des deux études appellent à des travaux en conditions réelles.
  • Aucun suivi dans le temps. Une vitesse spontanée plus élevée est un résultat immédiat. Qu’elle se traduise, à terme, par une meilleure récupération est une hypothèse raisonnable, mais elle n’a pas été testée.
  • Une population restreinte. Les patients étaient hémiparétiques après un AVC ou un traumatisme crânien. Les autres pathologies ne sont pas couvertes.
  • Des vitesses qui restent sous le seuil de 0,8 m/s (environ 2,9 km/h) de la marche en milieu communautaire.

Autant de questions de recherche encore ouvertes. Si vous êtes thérapeute, étudiant·e ou enseignant·e et qu’elles vous parlent, n’hésitez pas à nous écrire : geoffroy@wheeleo.eu.

Références

  • Deltombe T, Leeuwerck M, Jamart J, Frederick A, Dellicour G. Gait improvement in adults with hemiparesis using a rolling cane: a cross-over trial. J Rehabil Med 2020 ; 52 : jrm00078. Accès à l’article — doi:10.2340/16501977-2705
  • Maillard B, Boutaayamou M, Cassol H, Pirnay L, Kaux J-F. Gait Analysis of Hemiparetic Adult Patients with a Quadripod Cane and a Rolling Cane. Healthcare 2024 ; 12(4) : 464. Accès libre — doi:10.3390/healthcare12040464
  • Awad LN, Knarr BA, Kudzia P, Buchanan TS. The Interplay Between Walking Speed, Economy, and Stability After Stroke. J Neurol Phys Ther 2023 ; 47(2) : 75-83. doi:10.1097/NPT.0000000000000431
  • Hsiao H, Gray VL, Creath RA, Binder-Macleod SA, Rogers MW. Control of lateral weight transfer is associated with walking speed in individuals post-stroke. J Biomech 2017 ; 60 : 72-78. doi:10.1016/j.jbiomech.2017.06.021
  • Pressler D, Schwab-Farrell SM, Reisman DS, Billinger SA, Boyne P. Effects of maximal speed locomotor training on spatiotemporal gait changes in individuals with chronic stroke: a secondary analysis of a randomized controlled trial. Gait Posture 2025 ; 122 : 232-239. doi:10.1016/j.gaitpost.2025.07.325

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Image de Geoffroy Dellicour

Geoffroy Dellicour

Geoffroy Dellicour est kinésithérapeute au Centre Hospitalier Neurologique William Lennox (Belgique) depuis plus de 20 ans. Il est le concepteur du Wheeleo®. Il a une sérieuse expérience en rééducation. Il est passionné par l'innovation et la rééducation de la marche.