Après un AVC, remarcher — et marcher assez vite pour traverser une rue, faire ses courses ou retrouver une vie sociale — est souvent la priorité numéro un. Mais quelle aide choisir quand un côté du corps est affaibli ?
Une équipe du CHU de Liège a comparé, chez 34 patients, la canne quadripode classique et le rollator à une main Wheeleo®. Le résultat : une vitesse de marche nettement supérieure avec le Wheeleo®. Voici ce que l’étude dit, comment elle l’a mesuré, et ce qu’il reste encore à explorer.
Pourquoi la vitesse de marche compte
La vitesse de marche est le paramètre le plus utilisé pour juger la qualité de la marche. C’est aussi un marqueur de robustesse : plus on marche vite, plus on est généralement stable et autonome. À l’inverse, une marche lente et irrégulière va de pair avec un risque de chute plus élevé et une plus grande dépendance.
Or, selon la littérature citée par les auteurs, environ 70 % des patients font au moins une chute durant la première année après un AVC. S’installe alors un cercle vicieux : la peur de tomber pousse à rester chez soi, l’isolement s’installe, le déconditionnement physique aussi — et le risque de chute augmente encore.
Un repère clinique à garder en tête : une vitesse d’au moins 2,9 km/h (soit 0,8 m/s) est généralement considérée comme nécessaire pour marcher en milieu communautaire, par exemple pour traverser une rue pendant la durée d’un feu piéton.
L’étude en bref
Publiée en 2024 dans la revue Healthcare, l’étude a été menée dans deux centres de rééducation du CHU de Liège, par l’équipe de médecine physique et de réadaptation avec le laboratoire d’analyse du mouvement de l’Université de Liège. Elle n’a reçu aucun financement externe.
Trente-quatre patients hémiparétiques (33 après un AVC, 1 après un traumatisme crânien ; âge médian de 65 ans, environ 3 mois après la lésion) ont réalisé un test de marche de 10 mètres, d’abord à allure confortable, puis à allure rapide. Chaque patient a testé les deux aides, sur deux jours différents, dans un ordre tiré au sort : c’est ce qu’on appelle un essai croisé randomisé. Chacun est ainsi son propre témoin.
Pour mesurer chaque pas avec précision — plutôt qu’au simple chronomètre — les chercheurs ont fixé quatre petits capteurs inertiels aux chaussures des patients.

Ce que l’étude a trouvé
Le résultat principal est net : les patients ont marché plus vite avec le rollator à une main Wheeleo® qu’avec la canne quadripode, à allure confortable comme à allure rapide.
- Allure confortable : 1,57 km/h avec le Wheeleo® contre 1,17 km/h avec la canne quadripode, soit +35 %.
- Allure rapide : 2,06 km/h contre 1,50 km/h, soit +38 %.
Un détail parlant : marcher à allure confortable avec le rollator à une main Wheeleo® (1,57 km/h) est déjà plus rapide que marcher à allure rapide avec la canne quadripode (1,50 km/h). Cette observation rejoint celle d’un premier essai croisé publié en 2020 (Deltombe et al., Journal of Rehabilitation Medicine), qui avait mesuré la même vitesse (environ 1,6 km/h) dans ces deux situations.

Le graphique rappelle aussi le seuil d’environ 2,9 km/h évoqué plus haut. Nous y revenons dans la section sur les limites.
Pourquoi marche-t-on plus vite ?
Les capteurs permettent de décortiquer chaque pas. Or la vitesse, c’est la longueur de la foulée divisée par sa durée. Ici, la longueur de foulée ne change pas de façon significative : le gain de vitesse vient donc d’un cycle de marche plus court (−22 %), autrement dit d’un rythme plus soutenu.
Plus précisément, avec le rollator à une main Wheeleo®, à allure confortable :
- la jambe atteinte reste moins longtemps au sol à chaque pas (phase d’appui −27 %) ;
- le temps où les deux pieds touchent le sol diminue (double appui −31 %) ;
- le nombre de cycles par seconde augmente (cadence +23 %).
La phase oscillante, quand la jambe est en l’air, ne change pas.

Pourquoi ? Les auteurs avancent une piste mécanique. Avec la canne quadripode, la marche se fait « en 3 temps » : il faut soulever l’aide puis la reposer, ce qui crée une pause dans chaque cycle. Le rollator à une main Wheeleo® se déplace en roulant : la marche se fait « en 2 temps », avec un appui continu à chaque pas. C’est une explication plausible, mais l’étude ne l’a pas testée directement.
Ce que l’étude ne dit pas (encore)
Une bonne étude se reconnaît aussi à la franchise de ses limites. Les auteurs en listent plusieurs, et il est important de les garder en tête :
- Les vitesses restent sous 2,9 km/h. Même avec le Wheeleo®, les patients n’atteignent pas le seuil de marche en milieu communautaire. Ils étaient recrutés tôt dans leur rééducation (environ 3 mois après la lésion) ; les auteurs anticipent une progression, mais un suivi à 6 ou 12 mois reste à faire.
- Une population hétérogène. Niveaux fonctionnels, causes et côtés atteints variaient d’un patient à l’autre, et l’étude n’inclut que des personnes hémiparétiques. Les autres pathologies (Parkinson, sclérose en plaques, orthopédie, gériatrie, pédiatrie…) ne sont pas couvertes.
- Des conditions de test d’hôpital. Sol régulier, patients observés, parfois stressés ou anxieux à l’idée de tomber : de quoi s’éloigner de la marche de tous les jours.
- Le risque de chute n’a pas été évalué, pas plus que le coût énergétique de la marche (consommation d’oxygène). Les auteurs concluent à une marche plus rapide et jugée sûre, mais ces deux points restent à documenter.
- Une comparaison sur deux jours, sans évaluation de ce qui se passe à plus long terme.
Une précision de transparence : cette étude a été conduite et analysée par l’équipe du CHU de Liège. InnoRehab, la société derrière le Wheeleo®, a simplement prêté un appareil pendant la durée du recrutement ; les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt et aucun financement externe.
Ce qu’il faut retenir
- Chez 34 patients hémiparétiques, le rollator à une main Wheeleo® a permis de marcher 35 % plus vite à allure confortable et 38 % plus vite à allure rapide qu’avec la canne quadripode, ce qui confirme les résultats d’un premier essai en 2020.
- Le gain s’explique par un cycle de marche plus court : appui plus bref, double appui réduit, cadence plus élevée, sans changement de la longueur de foulée.
- L’hypothèse avancée est celle d’un appui continu, sans devoir soulever l’aide à chaque pas.
- C’est un résultat prometteur, pas un point final : population restreinte aux hémiparésies, conditions d’hôpital, risque de chute et coût énergétique non évalués.
Les auteurs terminent sur un message que tous les thérapeutes partageront : quelle que soit l’aide choisie, l’essentiel est de remettre les patients en mouvement.
Pour aller plus loin
Les auteurs annoncent une suite : l’analyse de la symétrie et de la variabilité de la marche, à partir des données déjà collectées. Mais beaucoup de questions restent ouvertes. Qu’en est-il dans d’autres pathologies, dans la vie réelle, en extérieur, dans des espaces étroits ? Quel est le coût énergétique de la marche, l’effet sur le risque de chute, sur la qualité de vie, sur la participation au quotidien ?
Si vous êtes thérapeute, étudiant·e ou enseignant·e et que ces questions vous parlent, n’hésitez pas à nous écrire : geoffroy@wheeleo.eu.
Références
- Maillard B, Boutaayamou M, Cassol H, Pirnay L, Kaux J-F. Gait Analysis of Hemiparetic Adult Patients with a Quadripod Cane and a Rolling Cane. Healthcare 2024 ; 12(4) : 464. Accès libre — doi:10.3390/healthcare12040464
- Deltombe T, Leeuwerck M, Jamart J, Frederick A, Dellicour G. Gait improvement in adults with hemiparesis using a rolling cane: a cross-over trial. J Rehabil Med 2020 ; 52 : 1-5. Accès à l’article
